Une alarme alerte, elle n’arrête pas le vol
Dissuader · Gêner · Alerter · Arrêter
Alerter≠Arrêter
Votre alarme fait deux choses très bien : elle détecte et elle alerte. Face à un opportuniste, ça suffit souvent, et les données publiques le confirment. Face à un intrus décidé, non : il manque la fonction qui arrête. Voici où se situe exactement la limite, et à quelles conditions on la comble.
Sommaire
ToggleUne sirène relève de l’EN 50131-4, dont l’intitulé est « dispositifs d’avertissement ». Elle n’est pas inutile pour autant, et les chiffres sont même plus favorables qu’on ne croit : l’étude ONDRP Grand Angle n°40 mesure moins 32 % de risque d’entrée et moins 56 % de risque de vol pour un logement équipé. Cet effet s’effondre face à un profil précis : l’intrus organisé, qui sait qu’une sirène se coupe en quelques minutes et que personne n’arrive avant plusieurs dizaines. C’est pour lui que la couche active prend son sens : brouillard, canon à son, lacrymogène. Puissante, avec des limites techniques et un cadre juridique strict. Arrêter, ça se conçoit. Ça ne s’achète pas à l’aveugle.
Dissuader, gêner, alerter : trois fonctions pour protéger
Trois fonctions, une seule finalité.
Un système de sécurité repose sur trois fonctions, et il ne faut jamais les confondre. Dissuader, c’est faire renoncer l’intrus avant même l’entrée : panneaux, caméras visibles, éclairage. Gêner, c’est lui coûter du temps, par la résistance mécanique avant l’entrée et par tout ce qui le ralentit après. Alerter, c’est signaler qu’une intrusion a lieu. Ces trois fonctions servent une seule finalité : protéger, défendre réellement le bien et les personnes.
Le piège d’une installation grand public classique, c’est qu’elle s’arrête à « alerter » et considère la fonction « gêner » comme couverte. Ce sont deux choses différentes. Une alarme qui hurle vous prévient d’un cambriolage. Selon qui se trouve en face, elle l’empêche, ou pas.
Ce que fait vraiment une alarme
Elle détecte, elle signale. Et ce n’est pas rien.
Une alarme repose sur deux fonctions : la détection (un détecteur repère l’intrusion) et la signalisation (la sirène et la notification vous alertent, vous et votre télésurveillance). Elle fait ce travail très bien. Mais signaler une intrusion ne l’arrête pas mécaniquement. Ce qui arrête le vol dans ce schéma, c’est la réaction humaine derrière l’alerte : l’occupant, le voisin, la télésurveillance, les forces de l’ordre. L’efficacité d’une alarme dépend donc entièrement de ce qui se passe après le déclenchement.
La sirène est un dispositif d’avertissement, pas de défense
La preuve est dans la norme. Toute sirène vendue en Europe relève de l’EN 50131-4, dont l’intitulé officiel est « dispositifs d’avertissement ». Pas « de défense ». D’avertissement. Son rôle est de réveiller les occupants, d’alerter le voisinage et d’appuyer la levée de doute. Rien dans son cahier des charges ne prévoit d’arrêter physiquement qui que ce soit. C’est le sujet détaillé de l’article votre sirène d’alarme ne fait plus fuir personne.
105 dB : un niveau qui informe, pas qui neutralise
Sur le marché certifié, l’offre plafonne en pratique autour de 105 dB annoncés. Précision de méthode, et je corrige ici une formulation que j’ai moi-même employée : ce plafond n’est pas imposé par la norme. L’EN 50131-4 fixe des niveaux minimaux, pas un maximum. Le plafond vient d’ailleurs, de la fonction visée (avertir), de l’autonomie sur batterie, de l’encombrement du transducteur et de la réglementation du bruit de voisinage.
Côté physique, la conséquence reste la même. À ce niveau, et surtout à la distance réelle où se trouve l’intrus dans la pièce voisine, une sirène reste sous le seuil de la douleur. Le son est une information que le cerveau évalue, pas une agression qui déclenche un réflexe de fuite. Un intrus déterminé peut continuer.
Deux nuances que je me dois d’ajouter. D’abord, 105 dB en continu n’est pas anodin : c’est réellement pénible et, dans la durée, dommageable pour l’audition. Ensuite, tout niveau annoncé en dB dépend des conventions de mesure, distance, pondération, régime continu ou crête. C’est vrai pour les sirènes, et ce sera vrai plus bas pour les canons à son.
Ce que dit la donnée publique, y compris quand elle me contredit
Un regard sur la vérité, ça inclut les chiffres qui gênent la thèse.
L’étude de référence en France est le Grand Angle n°40 de l’INHESJ/ONDRP, décembre 2016, signé Amandine Sourd et Vincent Delbecque. Elle agrège neuf enquêtes « Cadre de vie et sécurité » de 2007 à 2015, soit près de 150 000 ménages et individus interrogés. Son intérêt méthodologique : elle ne traite pas le cambriolage comme un bloc, mais comme une séquence, ciblage puis entrée puis vol, et mesure par régression logistique l’effet de chaque équipement à chaque étape.
Effet mesuré de l’alarme, étape par étape
Ciblage
3,3 % des logements ciblés sur deux ans. À ce stade, l’alarme n’a aucun effet protecteur significatif. Ce sont la caméra (moins 22 %), le gardien (moins 30 %) et le digicode (moins 15 %) qui pèsent, et surtout l’environnement du quartier.
Aucun effetEntrée par effraction
2 % des logements. L’alarme réduit le risque de 32 %, soit 34 % en maison et 47 % en appartement. Associée à un digicode et une porte blindée, jusqu’à deux tiers en maison et 85 % en appartement.
Effet fortVol, une fois entré
1,7 % des logements. L’alarme est le seul dispositif qui conserve un effet : moins 56 % de risque de vol, 58 % en maison. Seule la présence d’un occupant fait comparable, avec moins 45 %.
Effet fortOdds ratios issus de régressions logistiques sur les enquêtes CVS 2007-2015. Source : INHESJ/ONDRP, Grand Angle n°40.
Voilà le chiffre qui contredit mon titre, et je préfère le mettre en avant plutôt que le diluer : une fois l’intrus entré, l’alarme est associée à une réduction de 56 % du risque de vol. C’est l’effet le plus important mesuré à cette étape, tous dispositifs confondus. Écrire qu’une alarme « ne sert à rien » est donc faux, et sur ce point la donnée ne me donne pas raison.
Trois réserves, qui ne l’annulent pas mais la cadrent. C’est une association statistique, pas un mécanisme : ce n’est pas la sirène qui arrête le vol, c’est la réaction qu’elle déclenche et le fait que l’intrus écourte sa visite. Ensuite, l’enquête CVS ne dit pas si le dispositif était armé et en état de marche au moment des faits, et les auteurs le signalent eux-mêmes dans leurs avertissements. Enfin, sur la période, seuls 13 % des maisons et 2 % des appartements étaient équipés d’une alarme : les ménages équipés ne sont pas nécessairement comparables aux autres.
Et le message central de l’étude, lui, va dans mon sens : l’entrée est l’étape décisive. Une fois dans le logement, l’auteur a plus de 8 chances sur 10 d’aboutir. Le taux d’échec global, proche de 50 %, se joue avant et pendant l’effraction, presque plus après. C’est exactement la fenêtre où il ne reste plus rien entre l’intrus et vos biens.
Un chiffre à ne pas reprendre, au passage. Plusieurs sites commerciaux annoncent « jusqu’à 78 % de réduction du risque de vol » en citant cette étude. Ce nombre n’y figure pas. Les valeurs réelles sont de deux tiers en maison et de 85 % en appartement, et elles portent sur l’entrée, pas sur le vol. Vérifiez toujours dans le PDF, pas dans la page qui le cite.
Ce que l’étude ne mesure pas, en revanche, c’est le comportement d’un intrus organisé. Et elle ne mesure pas du tout la couche active : aucune étude publique française ne quantifie l’effet d’un générateur de brouillard ou d’un lacrymogène sur l’aboutissement d’un vol résidentiel, simplement parce que ces équipements sont trop peu répandus dans le parc pour être isolés statistiquement. Sur cette partie, nous raisonnons en logique d’ingénieur et en retour de terrain, pas en preuve statistique. Autant le dire que de laisser croire le contraire.
Dernière précision, et elle compte : l’ONDRP a été dissous le 31 décembre 2020, ses activités transférées au SSMSI, et l’enquête CVS remplacée en 2022 par l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité ». Personne n’a produit d’équivalent depuis. Cette étude reste la meilleure source publique française sur la question, et elle a dix ans. Les deux sont vrais en même temps.
L’horloge du cambriolage
Des ordres de grandeur, pas des certitudes.
Attention aux chiffres qui circulent : selon les sources, la durée d’un cambriolage va de moins de 3 minutes à plus de 20. Cet écart n’est pas du bruit, il vient de ce que l’on mesure (phase de vol seule ou séquence complète), du type de logement et du profil de l’auteur. Trois repères utilisables, et une inconnue assumée.
Disons-le tout de suite, parce que je l’ai vérifié dans le document : le Grand Angle n°40 ne traite pas des durées. Les analyses de l’ONDRP sur le déroulement des cambriolages se trouvent dans d’autres publications, le Grand Angle n°22 et le Repères n°24. Les durées que l’on lit partout, souvent attribuées au petit bonheur, viennent de sources hétérogènes que je n’ai pas pu recouper une par une. Je les donne donc comme ordres de grandeur, pas comme données sourcées.
Sur cette base, une intrusion courante se compte en quelques minutes à une dizaine. Une équipe organisée qui sait ce qu’elle cherche opère plus vite encore, de l’ordre de 3 à 5 minutes. La sirène extérieure, elle, se coupe au bout de quelques minutes, 3 minutes en pratique dans le parc français.
Quant au délai d’intervention, disons-le franchement : il n’existe pas de statistique publique consolidée sur les temps d’intervention après déclenchement d’une alarme résidentielle. Les ordres de grandeur habituellement cités, quinze à trente minutes en ville et davantage en zone rurale, sont plausibles mais non sourcés. Faites plutôt l’exercice chez vous : estimez le temps de trajet depuis la brigade ou le commissariat le plus proche. En Bretagne intérieure, le résultat est parlant.
La course contre la montre, en minutes
Échelle proportionnelle. Durées d’intrusion : ordres de grandeur issus de sources hétérogènes. Zone hachurée : au-delà de 30 min, notamment en zone rurale. Aucune statistique publique consolidée n’existe sur le délai d’intervention.
La fenêtre qui compte, personne ne la couvre.
Ce n’est pas une charge contre les forces de l’ordre : aucune organisation au monde ne couvre une fenêtre de cinq minutes à domicile. C’est justement pour cette fenêtre-là, et pour elle seule, que la question d’un dispositif qui agit sur place se pose.
À qui la sirène suffit, et à qui elle ne suffit plus
C’est la question qui commande tout le reste, avant tout achat.
L’opportuniste
Il improvise, il craint le bruit et le regard, il abandonne à la première résistance. Il représente l’essentiel du risque courant. Pour lui, la chaîne détection + sirène + notification fonctionne, et l’ONDRP le confirme.
Couvert par une alarme classiqueL’intrus décidé
Il a fait du repérage, il sait qu’une sirène se coupe, il sait que personne n’arrive avant plusieurs dizaines de minutes. Pour lui, la sirène n’est pas une barrière, c’est un chronomètre : elle lui annonce l’heure à laquelle il doit avoir fini.
Non couvertAutrement dit, la couche active ne se justifie pas par principe, elle se justifie par l’exposition. Contenu attractif, local isolé, historique de cambriolage, activité professionnelle à domicile, atelier ou stock : si vous cochez ces cases, l’étage suivant a du sens. Sur l’historique, l’ONDRP est net : avoir déjà été cambriolé multiplie par six le risque d’être de nouveau ciblé. Sinon, renforcez d’abord la mécanique et la fiabilité de la détection. C’est moins vendeur, c’est plus efficace au premier euro.
Dissuasion passive contre protection active : la vraie frontière
La première joue sur la tête de l’intrus. La seconde agit sur la scène.
La sécurité tient dans trois couches complémentaires, pas deux camps. La couche passive rend la cible peu attractive et retarde l’entrée : peur d’être repéré, résistance mécanique. La couche d’alerte détecte et déclenche une réaction humaine. La couche active agit sur l’environnement pour rendre la poursuite du vol impraticable. La première décourage et retarde. La deuxième prévient. La troisième interrompt.
& serrures
& éclairage
Insuffisant face à l’intrus décidé : il connaît le chrono.
de brouillard
à son
Chacun a une contre-mesure connue. Aucun ne se suffit à lui-même.
Les périphériques actifs : ce qu’ils font, et où ils s’arrêtent
Ils ne se contentent pas de signaler l’intrusion, ils la sabotent. Aucun n’est infaillible.
Le générateur de brouillard
C’est la référence de la protection active. En quelques secondes, l’appareil sature la pièce d’un brouillard dense et opaque à base de fluide glycolé, sans effet corrosif ni résidu gras sur les biens. L’intrus ne voit plus rien, et on ne reste pas dans une pièce où l’on est aveugle. Le sujet complet est traité dans le guide du générateur de brouillard, et en essais concrets avec le PROTECT 600i pour la maison ou le Bandit 240 pour les gros volumes.
Attention en revanche à une confusion qui traîne partout, et qui a des conséquences très concrètes. La norme EN 50131-8 encadre les générateurs de brouillard de sécurité, mais elle encadre une catégorie : elle ne certifie pas automatiquement tout ce qui produit de la fumée. Le fumigène générique HAM-FL que j’ai testé donne un effet visuellement comparable pour une fraction du prix, mais il n’est pas un périphérique d’alarme certifié : ni EN 50131-8, ni marquage NF&A2P.
Trois conséquences à connaître avant d’acheter. Aucune reconnaissance possible par un assureur, ni intégration dans une installation professionnelle qui doit tenir un grade. Aucune garantie normative sur le temps de saturation, la densité réellement obtenue, l’autoprotection ou le comportement en défaut. Et donc un positionnement clair : un complément assumé sur un budget serré, pas un équipement de référence. Ce n’est pas une critique du produit, c’est un cadre à connaître pour ne pas croire acheter ce que l’on n’achète pas.
Ce qu’aucune fiche produit ne détaille. Il faut de quelques secondes à quelques dizaines de secondes pour saturer un volume : un vol éclair près du point d’entrée peut être terminé avant l’occultation. Le dimensionnement en m³ n’est pas négociable, un appareil sous-dimensionné ne fait pas le travail. La cartouche est un consommable. Et l’inhalation prolongée de glycol en espace clos reste à éviter pour les personnes fragiles ou asthmatiques, animaux compris.
À privilégier si le contenu à protéger est concentré dans un volume maîtrisé, que l’objectif prioritaire est d’empêcher la perte plutôt que d’identifier l’auteur.
L’EN 50131-8 encadre la catégorie, elle ne certifie pas chaque produit. Les fumigènes génériques vendus sans certification alarme, EN comme NF&A2P, sortent de ce cadre : vérifiez la référence, pas la famille.
Le canon à son : la dissuasion sonore de forte puissance
Au-delà de la sirène d’avertissement, un dispositif de dissuasion sonore de forte puissance vise le domaine où le son cesse d’être une information pour devenir une contrainte physique. À ce niveau, la fuite devient un réflexe, pas un calcul. Deux matériels passés au banc d’essai illustrent la catégorie : le BOSHP, Bouclier d’Ondes Sonores à Haute Pression annoncé à 131 dB en mélangeant des fréquences qui mettent le tympan en difficulté, et le BLAST C2 et ses 133 dB annoncés.
Précision de méthode, la même que j’exige des fabricants de sirènes. 131 et 133 dB sont des valeurs constructeur. Sans distance de mesure, pondération et régime identiques, elles ne se comparent pas directement aux 105 dB d’une sirène certifiée : l’écart réel entre les deux familles est important, mais pas forcément celui que donne la simple soustraction. Côté limites, un casque antibruit ou de simples bouchons réduisent fortement l’effet. Et le niveau qui fait l’efficacité est aussi celui qui peut léser l’audition, ce qui a des conséquences juridiques directes. En entreprise, l’exposition des salariés est plafonnée par le Code du travail.
À privilégier si le volume est grand ou la hauteur importante, si la levée de doute vidéo doit rester exploitable, et si l’exploitation ne supporte ni consommable ni remise en service.
Niveaux sonores : valeurs constructeur. Qualiforce annonce une plage de 118 à 133 dB mesurée à 1 m sur ses fiches produit, pas une valeur unique.
Le lacrymogène
Il attaque un autre sens : les yeux et les voies respiratoires. En quelques secondes, l’agent irritant rend la pièce difficilement tenable et pousse vers la sortie, y compris face à un intrus casqué qui aurait neutralisé un canon à son. Couplé à un brouillard, il verrouille la pièce sur plusieurs plans à la fois. Le principe complet est détaillé sur la page lacrymogène, et le cadre légal dans lacrymogène à domicile : règles, lois et précautions.
Trois dispositifs sont passés au banc d’essai, chacun couvrant un profil d’installation. L’alarme lacrymogène Qualiforce, un système 100 % autonome qui reste opérationnel même en cas de coupure de courant. Le Dragon protecteur CS-75, un périphérique miniature qui se greffe sur un système d’alarme existant. Et le Novatec LacryLink, une solution connectée compacte et évolutive.
Les limites, et elles comptent. Un masque ou une simple protection respiratoire réduit l’effet. La décontamination après déclenchement est réelle. Et c’est le dispositif dont le cadre juridique est le plus exigeant, parce qu’il agit chimiquement sur une personne.
À privilégier si le local est de volume modeste, que le scénario redouté implique un intrus équipé, et à condition d’accepter la contrainte juridique et la décontamination.
Ce que la combinaison fait, et ce qu’elle ne fait pas
Chaque dispositif actif a une contre-mesure connue : le brouillard perd face à la vitesse, le son perd face au casque, le gaz perd face au masque. C’est précisément pour cela qu’aucun ne se suffit à lui-même et que la combinaison compte. Mais restons cohérents : un intrus assez préparé pour porter un casque est probablement assez préparé pour porter un masque.
La couche active ne crée donc pas une forteresse. Elle augmente très fortement le coût, le risque et le temps du vol, jusqu’à le rendre non rentable dans la grande majorité des scénarios. C’est déjà énorme. Ce n’est pas de l’invulnérabilité, et je ne la vendrai pas comme telle.
Informations complémentaires
Un périphérique actif ne détecte rien et ne remplace ni la centrale, ni les détecteurs, ni la sirène. C’est un module d’interruption asservi à une détection confirmée. La chaîne reste la même : le système dit « quelqu’un est entré », le dispositif actif dit « tu ne resteras pas ».
Le cadre juridique : le vrai point de vigilance
Ce n’est pas une note de bas de page, c’est ce qui rend l’installation défendable, ou pas. Un dispositif actif agit sur une personne. Il sort donc du seul droit de l’équipement pour entrer dans celui de la défense, et le droit français y est exigeant. Trois notions à connaître. L’article 122-5 du Code pénal encadre la légitime défense, avec une exigence d’immédiateté, de nécessité et de proportionnalité, et un régime plus strict pour la défense des biens que pour celle des personnes. L’article 122-7, l’état de nécessité, écarte la responsabilité pénale d’un acte nécessaire à la sauvegarde d’une personne ou d’un bien, sauf disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace. Enfin, le piégeage par un dispositif dissimulé conçu pour blesser est interdit.
Deux conséquences pratiques, directes. D’abord, un dispositif automatisé n’évalue pas la menace : il se déclenche sur une détection, pas sur une agression caractérisée. C’est pour cette raison que la signalétique visible à l’entrée et l’asservissement à une détection confirmée ne relèvent pas du zèle administratif : ils font la différence entre un moyen de défense et un piège. Ensuite, plus un dispositif est susceptible de causer un dommage durable, plus la proportionnalité devient délicate à établir. Un brouillard qui aveugle temporairement et un niveau sonore capable de léser l’audition ne se situent pas au même endroit de cette échelle.
Le mot « riposte » est d’ailleurs à éviter, y compris entre passionnés : le droit ne connaît pas la riposte, il connaît la défense nécessaire et proportionnée.
Précision
Je suis ingénieur en électronique, pas juriste. Ce passage est un repérage destiné à vous faire poser les bonnes questions, pas un avis juridique. Avant tout achat d’un dispositif lacrymogène ou d’un canon à son, faites valider votre configuration par un professionnel du droit ou par l’installateur qui engagera sa responsabilité.
L’analogie de la ceinture, du casque et de l’airbag
Le voyant prévient. La ceinture encaisse. L’airbag, lui, se déclenche.
Une alarme sans couche active, c’est un voyant rouge au tableau de bord. Le voyant vous informe qu’il y a un problème. Il ne vous protège pas de l’accident.
La ceinture de sécurité et le casque, eux, n’informent de rien : ils agissent au moment de l’impact. Ils encaissent, ils protègent, ils changent l’issue. C’est exactement le rôle d’une protection dont l’effet se produit pendant l’événement, et non après.
Et il faut pousser l’analogie jusqu’au bout, sinon elle triche. Le dispositif automobile le plus proche d’un périphérique actif, ce n’est pas la ceinture, c’est l’airbag : il se déclenche, il est violent, il peut lui-même blesser, et c’est précisément pour cela qu’il est calibré, testé et réglementé. La protection active à domicile appartient à cette catégorie. Puissante, utile, et à installer avec des règles.
Personne ne roulerait avec un simple voyant en guise de sécurité. Il n’y a pas plus de raison d’équiper un local exposé avec une simple sirène.
Comment construire une protection réellement efficace
On n’oppose pas les couches. On les empile, dans l’ordre.
Une installation cohérente repose sur quatre étages, et l’ordre compte autant que le contenu. C’est aussi un ordre de priorité budgétaire.
- La mécanique d’abord. Menuiseries, serrures, vitrages, points de fermeture. L’ONDRP identifie l’entrée comme l’étape décisive du cambriolage, et la porte blindée y réduit le risque de 27 % en maison. C’est aussi le seul étage qui travaille sans électronique, sans batterie et sans abonnement.
- Un socle de détection fiable ensuite (EN 50131 ou marquage NF&A2P grade 2), sans faux positifs, parce qu’un système que l’on finit par ne plus armer ne protège rien.
- Une couche passive de dissuasion. Signalétique, éclairage, visibilité. Peu coûteuse, elle travaille sur l’opportuniste avant même l’entrée.
- Une couche active enfin, asservie à une détection confirmée, jamais autonome, dimensionnée au volume réel et déclarée par une signalétique. C’est cet étage qui couvre les minutes où personne ne peut intervenir.
| Critère | La couche qui alerte | La couche qui arrête |
|---|---|---|
| Dispositifs | Détecteurs, sirène, transmetteur, télésurveillance | Brouillard, canon à son, lacrymogène |
| Ce qu’elle fait | Détecte l’intrusion, la signale, déclenche une réaction humaine | Agit sur la scène, rend la poursuite du vol impraticable |
| Face à l’opportuniste | Efficace, effet chiffré : moins 32 % à l’entrée, moins 56 % au vol | Efficace, souvent sur-dimensionné |
| Face à l’intrus décidé | Insuffisante : il connaît le chrono | Rend le vol coûteux, risqué, rarement abouti |
| Dépend de | La réaction d’un tiers et du délai d’intervention | Du dimensionnement et de la préparation de l’intrus |
| Norme de référence | EN 50131-4 (avertissement) | EN 50131-8 pour les générateurs de brouillard certifiés. Rien pour le sonore ni pour les fumigènes génériques |
| Point juridique | Bruit de voisinage, durée de sirène | Proportionnalité, interdiction du piège, signalétique |
| Preuve d’efficacité | Étude publique chiffrée (ONDRP n°40, CVS 2007-2015) | Pas d’étude publique française |
Important
Une couche active se déploie proprement : un dispositif asservi à une détection confirmée, jamais en autonomie, une signalétique visible à l’entrée, un dimensionnement au volume réel, et une détection fiable en amont pour éviter tout déclenchement sur fausse alarme. C’est cette rigueur qui rend l’ensemble à la fois efficace et juridiquement défendable.
Verdict : se protéger, oui, mais se protéger intelligemment
Le marketing vend souvent l’alarme comme une protection complète. Ce n’est pas exact. Mais dire qu’elle ne sert à rien est une caricature symétrique, et la donnée publique la contredit. La réalité est plus utile que les deux : l’alarme couvre bien la détection, l’alerte, et une partie réelle de la protection contre l’effraction.
Ce qu’elle ne couvre pas, c’est la fenêtre de quelques minutes pendant lesquelles un intrus décidé sait qu’il est seul chez vous. Cette fenêtre ne se comble ni avec des décibels d’avertissement supplémentaires, ni avec une notification de plus. Elle se comble avec un dispositif qui agit sur la scène, correctement dimensionné et correctement déclaré.
Détecter n’est pas arrêter. Alerter n’est pas suffire. Commencez par la mécanique et une détection saine, puis, si votre exposition le justifie, ajoutez la couche qui interrompt.
Sources et références
- Amandine Sourd et Vincent Delbecque, INHESJ / ONDRP, Grand Angle n°40, Le rôle des éléments de sécurité face aux cambriolages, décembre 2016. Agrégation de neuf enquêtes « Cadre de vie et sécurité », Insee-ONDRP-SSMSI, 2007-2015. PDF intégral et fiche de publication IHEMI.
- Durées d’intrusion : non traitées par le Grand Angle n°40. Voir ONDRP, Grand Angle n°22 (Rizk, 2010) et Repères n°24 (Perron-Bailly, 2013), consacrés aux caractéristiques des cambriolages décrites par les ménages victimes. Les valeurs citées ici restent des ordres de grandeur non recoupés.
- Statut de l’ONDRP : dissous le 31 décembre 2020 (décret n°2020-1591), activités transférées au SSMSI au 1er janvier 2021 (arrêté du 17 décembre 2020). Enquête CVS remplacée depuis 2022 par l’enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS).
- NF EN 50131-4, Systèmes d’alarme, systèmes d’alarme contre l’intrusion et les hold-up, dispositifs d’avertissement.
- NF EN 50131-8, Systèmes d’alarme, dispositifs et systèmes de sécurité générateurs de brouillard.
- Code pénal, articles 122-5 et 122-7. Code du travail, dispositions relatives à l’exposition des travailleurs au bruit.
- Délais d’intervention : aucune statistique publique consolidée après déclenchement d’alarme résidentielle. Les valeurs citées sont des repères, signalés comme tels dans l’article.
Bâtissez la bonne base, puis la bonne couche active
Commencez par un système qui tient la route côté détection et alerte, puis ajoutez la couche qui interrompt. Le comparatif interactif vous aide à faire le tri, marque par marque et critère par critère.
Voir le comparatif interactif
